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Une phlébotomie désigne à la fois un geste d'automutilation et un acte thérapeutique pratiqué dans certaines maladies de surcharge telles que l'hémochromatose. Zoom sur la phlébotomie dans la suite de notre article !

Qu'est-ce qu'une phlébotomie ?

La phlébotomie désigne, par définition, l'ouverture d'une veine. En médecine, elle est employée depuis des temps anciens sous le nom de saignée, ses indications à ce jour s'étant considérablement affinées.

La saignée est ainsi limitée à certaines maladies, principalement l'hémochromatose. C'est une technique soumise à prescription médicale, qui consiste à prélever du sang par ponction veineuse. Le but est d'éliminer une quantité de globules rouges avec le fer qu'ils contiennent, afin de libérer l'organisme de la surcharge, et de prévenir sa reconstitution. Elle ne peut résoudre la cause de la maladie mais permet de faire disparaître les symptômes et de prévenir les complications.

Histoire de la phlébotomie thérapeutique

La saignée est une pratique dont l'usage remonte à des temps anciens. Prônée par Galien dans l'Antiquité, elle est particulièrement prisée aux 16e et 17e siècles, utilisée pour des indications très larges :

  • On lui confère des vertus préventives : saignée de précaution à l'automne et au printemps ainsi qu'en prévision d'un événement inhabituel, préparation avant une opération, etc. Elle traite la plupart des maladies qu'il s'agisse d'infections, de douleurs, ou même d'hémorragies.
  • On estime qu'en retirant une quantité de liquide, la circulation sanguine est rendue plus facile, la chaleur peut s'échapper du corps en cas de fièvre, les humeurs sont résorbées, et la tension exercée sur les tissus s'affaiblit, ce qui soulage la douleur.
  • Plus récemment, la saignée est pratiquée en cardiologie dans le traitement des œdèmes pulmonaires d'origine cardiaque mais cette indication est finalement abandonnée, faute d'une réelle efficacité.

Phlébotomie et hémochromatose

La principale indication de la saignée est l'hémochromatose, maladie métabolique héréditaire caractérisée par une surcharge en fer. Elle se manifeste par une profonde fatigue, des douleurs articulaires, une pigmentation grisâtre de la peau, et par l'apparition de signes d'accumulation du fer dans les organes : diabète, atteinte cardiaque, cirrhose.

Le diagnostic est évoqué sur les analyses sanguines qui montrent une élévation du taux d'hémoglobine, du coefficient de saturation de la transferrine et de la ferritinémie. La confirmation nécessite un bilan génétique à la recherche de la mutation du gène HFE.

Autres maladies traitées par phlébotomie

La saignée est aussi indiquée dans le traitement des polyglobulies et de certaines formes de porphyries.

Polyglobulie traitée par la phlébotomie

La polyglobulie est une maladie définie par une augmentation du nombre de globules rouges circulant dans le sang responsable d'une hyper-viscosité sanguine et de complications à la fois thrombotiques (formation de caillots obstruant les artères ou les veines) et hémorragiques.

La forme la plus commune est un syndrome myéloprolifératif, appelé maladie de Vaquez, relié à une mutation génétique sur le gène codant pour la protéine JAK2. Il existe aussi des formes secondaires reliées à l'altitude, à des insuffisances respiratoires chroniques ou des pathologies cardiaques.

Les symptômes d’hyper-viscosité sont à type de maux de têtes, troubles visuels, vertiges, et sensations de fourmillements cutanés. La rate est augmentée de volume (splénomégalie).

Phlébotomie : porphyrie cutanée

La porphyrie est une maladie héréditaire dans laquelle la synthèse de l'hémoglobine, protéine de transport de l'oxygène dans le sang, est altérée par un déficit enzymatique. Il en résulte une accumulation des précurseurs de l'hème appelés porphyrines.

Les symptômes sont variables mais peuvent comporter des lésions cutanées, ainsi que des crises douloureuses déclenchées par la prise de certains médicaments, l'alcool, une infection ou le jeûne. Ces crises associent des douleurs abdominales et des troubles neuro-psychiatriques.

Lors des crises, les urines présentent une coloration rouge-brun caractéristique. Le diagnostic nécessite le dosage des précurseurs de l'hème (ALA, PBG) dans les urines.

Modalités de la phlébotomie thérapeutique

La phlébotomie thérapeutique est effectuée dans un premier temps en milieu hospitalier, mais en cas de nécessité de saignées itératives (hémochromatose, polyglobulies) elles peuvent par la suite être effectuées au domicile sous la surveillance d'un infirmier.

La saignée simple prélève le sang dans une poche, mais la saignée par érythraphérèse permet de collecter un plus grand volume de globules rouges grâce à un séparateur de cellules relié à un circuit clos permettant de restituer le plasma par l'autre bras.

La quantité de sang prélevé à chaque séance varie entre 400 et 500 ml. Il est recommandé de boire, lors de la saignée, une quantité de liquide (eau, bouillon) équivalente au volume de sang retiré.

Le rythme des séances est variable, c'est le médecin qui le détermine. Dans le cas de l'hémochromatose, le nombre est soutenu dans un premier temps afin de libérer l'organisme du fer accumulé. Dans un deuxième temps, les séances sont espacées mais elles peuvent être réalisées à vie.

Phlébotomie et phénomènes d'automutilation

La phlébotomie, lorsqu'elle est infligée par une personne sur son propre corps (action de s'ouvrir les veines), constitue un geste d'automutilation au même titre que, à un moindre degré, les scarifications. Fréquente chez les adolescents, elle est souvent réalisée sous le coup d'émotions intenses. 

Une tentative de suicide recouvre tout acte de mise en danger consciente, que ce soit de façon objective ou symbolique. La phlébotomie est un passage à l'acte suicidaire qui nécessite une prise en charge médicale et psychiatrique appropriée.

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